De toute la filmographie que nous a proposée Pixar ces dernières années, un film nous a particulièrement marqués. Il s’agit bien entendu de Wall-e, sorti en 2008 dans les salles obscures. A une époque où ce grand studio enchaînait les succès, Pixar eut l’audace de produire un film d’animation “quasi-muet”. Raz-de-marée à sa sortie, Wall-e a su devenir un grand classique d’animation, unique dans la lignée des Disney-Pixar des années 2010. S’il occupe la première critique de films d’animations de notre site c’est bien car il mérite que l’on s’y attarde.
On pourrait s’attendre de la part d’un film muet à ce qu’il manque de profondeur, Wall-e nous prouve le contraire, l’absence de parole n’est pas une absence de message. Entre écologie, surconsommation, capitalisme et relation amoureuse dans sa plus grande simplicité, Wall-e ne cesse de nous questionner, même plus de 15 ans après sa sortie.
Si le sujet des inégalités face aux conditions de vie a été abordé dans Elysium (2013), c’est bien dans Wall-e que l’idée germe et est la plus brutale. En effet, seules les personnes qui ont les moyens de se payer la croisière BnL ont pu survivre. Le spectateur vient à réaliser que la quasi-totalité des habitants de la Terre est morte à cause de la pollution.
Si le public est choqué par l’absence de présence humaine sur Terre, il ne peut cependant pas fermer les yeux sur l’omniprésence des pires immondices laissées par l’homme. La Terre n’est plus qu’une décharge généralisée, rendue inhabitable par l’absurdité de la surconsommation, ce qui semble être des gratte-ciel se révèle être des empilements de déchets. Le ciel autrefois clair laisse place à une palette de couleurs jaunâtres, la planète bleue est devenue jaune.

On pourrait croire que cette situation dystopique aurait pris fin avec le départ de l’humanité vers l’espace, mais on découvre avec stupeur la réalité. L’homme n’a pas changé, la surconsommation continue et devient même tristement absurde. Les survivants ne font qu’obéir à une routine, plongés dans leurs écrans, dans un coma numérique. Les interactions sociales sont mortes, tomber amoureux reviendrait à un accident provoqué par un robot qui, sous certains aspects, est plus humain que ses créateurs…

Wall-e qui donne son nom au film rentre en contraste avec son environnement. Ce robot sensible et curieux s’est créé sa propre maison et apporte beaucoup de vie à un monde qui a perdu la sienne. Son malheur ? Ne pas connaître l’amour qu’il a vu à travers de vieux films. On ne peut que souligner le travail qui a été effectué pour nous faire ressentir une telle empathie pour cette machine. L’animation nous montre une variété d’expressions sur le “visage” amical du robot. On passe du rire aux larmes, ce qui démontre l’incroyable talent des artistes du studio Pixar.
Wall-e est au premier abord plus expressif qu’Eve. Ce robot, plus moderne, semble plus froid et “robotique” mais cache aussi une sensibilité à la fois artistique et émotionnelle que l’on découvre durant le film. L’amour qui naîtra de la rencontre de Wall-e et d’Eve n’en sera que plus puissant, poussant les protagonistes dans une aventure aux enjeux dépassant grandement ce pour quoi ils ont été créés. Ils devront faire face au méchant de l’histoire, référence très subtile à 2001, l’Odyssée de l’espace. Un robot bête et méchant qui donnerait des sueurs froides dans les cauchemars de James Cameron.

Nos deux robots sont entourés de personnages sympathiques mais peu marquants, les humains se ressemblent tous et les robots “détraqués” ne sont là que de manière ponctuelle et n’apportent pas grand-chose à l’intrigue.
Ce film est porté par une direction artistique léchée. Comment passer à côté de l’incroyable scène de décollage, montrant toute la beauté de l’espace ? Une scène qui nous a tout particulièrement marqué est la danse autour de l’Axiome que nous offrent Wall-E et Eve. Ces mouvements élégants ainsi que les jeux de lumière sont magnifiques. Ce moment est sublimé par l’inoubliable musique de Thomas Newman, Define Dancing. La douceur de cette piste apporte du bonheur à nos cœurs de spectateurs. Le reste de la bande originale est tout aussi bon.

Pour conclure, nous tenons à féliciter la prise de risque incarnée par ce film. Il nous rappelle une époque où les créateurs pouvaient laisser libre cours à leurs imaginations au sein de Pixar. Tous les thèmes explorés, la direction artistique, le scénario, la mise en scène et la bande originale font de ce Wall-e un chef-d’œuvre de l’animation, et même du cinéma. Vous l’avez compris, ce film fait partie pour nous des incontournables de l’animation et c’est avec plaisir que nous le regardons à chaque visionnage.
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